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Pourquoi j’ai laissé tomber la médecine

Quand j’apprends à quelqu’un que j’ai laissé tomber la médecine pour me réorienter vers le domaine des communications, la réaction est à peu près toujours la même :

S’en suit le fameux « pourquoi? », question à laquelle je peux facilement répondre en six mots, mais je m’imagine bien qu’en cliquant sur cet article, tu t’attendais à une réflexion un peu plus élaborée de ma part. Si ça t’intéresse, installe-toi, on en a pour quelques minutes ensemble le temps que je te conte ça.

 

L’avant-médecine

Enfant, je ne rêvais pas particulièrement de devenir médecin. En fait, je ne pensais pas être assez intelligente pour ça. Dans ma tête, ceux qui entraient en médecine, c’était la crème de la crème des bolées. Tsé ceux qui sont toujours dans leurs livres, qui ne sortent jamais, qui ont les mains moites dès qu’un autre être humain entre dans la même pièce qu’eux? Ceux-là.

J’ai surtout commencé à considérer l’option de la médecine quand j’ai reçu ma première cote R au cégep et que j’ai vu qu’elle me permettait d’appliquer dans le programme.

J’avais la chance d’être performante dans la plupart des matières à l’école. Par contre, ma malchance, si je peux dire ça comme ça, c’était que je me connaissais plutôt mal. Tout ce que je savais, c’était que je voulais un métier à la fois stimulant, valorisant, stable et, dans le meilleur des mondes, payant. Pas très originaux comme critères, je sais. Je rêvais d’une carrière qui me rende fière, moi, mes proches, pis pourquoi pas, tant qu’à y être, mes grands-parents, pis mes cinq matantes de Louiseville.

À 17 ans, ce que je savais, à ma défense, c’était que j’avais trippé solide sur mon cours de biologie humaine en secondaire 3. J’étais fascinée par le corps humain; c’était limite gossant tellement j’aimais vulgariser la matière à mes amis en dehors des cours. Aussi, je m’étais impliquée comme tutrice en français au cégep pis j’avais trouvé ça vraiment, mais vraiment hot. Quelque part, aider mon élève à conjuguer ses participes passés pis à gérer ses homophones, ça m’avait donné le feeling d’être quand même pas pire utile pour l’humanité finalement.

Si on résume, dans ma tête d’étudiante de 17 ans, il se passait à peu près ça :

  1. J’ai les notes pour entrer en médecine
  2. J’aime la bio humaine
  3. J’aime la relation d’aide
  4. Un cours à 8h, c’est juste trop tôt sérieux

J’sais pas pour toi, mais à mes yeux, le total de l’équation, ça donnait pas mal quelque chose comme = appliquer en médecine. Prochaine chose que je sais, c’est qu’après deux ans d’efforts, de cafés moitié-noisette-moitié-vanille-française pis de petites étoiles stressantes dans mon portail Omnivox, je me retrouve admise dans le programme.

Le doute

Comme beaucoup d’autres étudiants, j’ai trouvé mon passage entre le cégep et l’université assez difficile. Pour la première fois de ma vie, entourée des meilleurs, je faisais face à un véritable challenge scolaire. Rapidement, le doute s’est installé en moi. Au début, ce n’était rien de gros : juste une petite voix qui me disait des choses du genre « tu ne seras jamais assez bonne pour être médecin », « t’es un imposteur, c’est un coup de chance si t’as été admise » ou encore le classique « tes erreurs vont tuer des patients ». À ce moment-là, je croyais que c’était simplement de l’anxiété de performance, une bête noire assez commune chez les étudiants en médecine. J’étais incapable de départager les causes de mon malaise. Est-ce que celui-ci provenait du fait que je ne me sentais plus performante ou était-ce réellement parce que je n’aimais pas la médecine?

Il m’aura fallu beaucoup de temps avant de m’avouer que le rôle du médecin, ce genre de détective du corps humain, ça ne me collait simplement pas à la peau, je ne m’y reconnaissais pas. En fait, j’avais l’impression de ramer contre le courant et de faire fonctionner mon cerveau d’une manière qui ne lui était pas naturelle. Bien sûr, j’en étais capable, mais ça ne me procurait aucun plaisir. Je croyais que d’aimer la biologie humaine et de vouloir faire une différence dans la vie des gens était suffisant pour être heureux en médecine. Le problème, c’est que je n’avais pas une idée assez claire de ce que c’était, au fond, être médecin.

Mes cours et mes stages m’ont fait réaliser que la vocation de médecin impliquait beaucoup plus de tâches et de responsabilités qui me refroidissaient comparativement à d’autres aspects qui me motivaient. Je n’aimais pas passer mes journées entières en mode de résolution de problèmes, à jouer à l’enquêtrice, à synthétiser, à analyser et à émettre un avis diagnostique. D’un autre côté, je mourrais d’envie de créer, de conceptualiser, de faire de la rédaction, des travaux d’équipes, des brainstorms, des présentations orales, de me bâtir un réseau de contacts, de travailler par projets, d’enseigner et de former la relève dans un domaine qui me passionnerait réellement…

Pendant trois ans, j’ai donc douté, mais je n’en parlais qu’à mes amis proches. J’avais peur d’être jugée. Pas étonnant : je me jugeais déjà tellement moi-même. Je me trouvais ingrate. Être en médecine, c’était un privilège, je ne pouvais pas cracher là-dessus. Au fond de moi, j’espérais aussi que quelque part, je finirais par trouver une branche qui m’attirerait assez pour me donner envie de rester. J’aurais tellement aimé aimer la médecine. Tout aurait été plus facile.

Une pause nécessaire

Ce n’est qu’à ma quatrième année de médecine, après avoir débuté mes stages cliniques en milieu hospitalier, que j’ai compris que je ne pouvais plus continuer comme ça. Malheureuse, stressée, exténuée, je n’avais plus aucune motivation. Sur papier, j’avais une vie rêvée selon les critères de la société, mais c’était la vie de quelqu’un d’autre, pas la mienne. Je me suis dit que pour les cent années que j’avais peut-être à passer sur Terre, il n’était pas question que j’en perde la moitié à exercer un métier qui ne me rendait pas épanouie.

À ce moment-là, la faculté de mon université a été très compréhensive et m’a offert une année sabbatique du programme pour que je puisse prendre un peu de recul avant de faire un choix. J’ai donc décidé de repartir à zéro en étant le plus honnête possible face à moi-même, et ce, même si j’avais la chienne comme jamais. Je me suis posée la question : si j’étais toute seule, que je n’avais personne à décevoir ni à impressionner, que tous les métiers avaient la même notoriété et le même salaire, qu’est-ce que j’aurais VRAIMENT envie de faire de ma vie? J’avais un an pour le vérifier.

J’ai hésité entre la communication et l’enseignement du français – eh oui, deux programmes de « sciences humaines pas de maths ». J’peux-tu te dire que mes cinq matantes de Louiseville ont fait le saut sur un moyen temps quand je leur ai finalement annoncé que je quittais ma ville natale pour aller compléter un certificat en communication à l’UQAM.

O M G

La suite de mon périple existentiel de jeune milléniale ici.

Dominique Lefebvre :