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L’école du 21e siècle : ça commence maintenant

Cet automne, le gouvernement du Québec a lancé une vaste consultation sur la réussite éducative. Pourquoi déployer tous ces efforts ? Entre autres parce que le décrochage chez les jeunes est très préoccupant. Selon les données les plus récentes du ministère de l’Éducation, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, c’est 23 % des jeunes Québécois qui n’obtiennent pas leur diplôme avant l’âge de 20 ans. C’est pire chez les garçons (28 %) et dans certaines régions comme l’Outaouais ou l’Abitibi-Témiscamingue, où ce taux atteint les 30 %.  Une enquête de la Fondation Lucie et André Chagnon réalisée en 2013 a montré que 82 % des Québécois sont préoccupés par le décrochage scolaire. Ce n’est pas étonnant, le décrochage a toutes sortes de conséquences négatives : précarité d’emploi, faibles revenus et même espérance de vie écourtée.

En 2016, l’école est importante pour les Québécois, mais elle est aussi critiquée. Dans le cadre de mon travail, je parle régulièrement à des étudiants, à des parents et à des éducateurs. Plusieurs me décrivent l’école comme si elle était figée au 20e siècle. Ce portrait est également présenté dans les médias régulièrement. On entend souvent que l’école « n’équipe » pas bien les jeunes pour le monde du travail. Par exemple, en ce qui concerne l’usage du numérique, les jeunes comprennent difficilement pourquoi un enseignant leur explique ce qu’ils peuvent apprendre sur YouTube. Plusieurs confient avoir réussi des cours de mathématiques ou de chimie grâce aux formations gratuites de la Khan Academy, faute d’avoir un enseignant disponible pour les soutenir dans leurs difficultés. Autre fait désolant, un sondage mené par la Fédération des établissements d’enseignement privés (FEEP) en 2010 auprès de 44 000 élèves montre que seulement 45 % des élèves se disent motivés à l’égard de leurs études. Comme citoyenne, comme maman et comme fondatrice d’un organisme qui travaille chaque jour à favoriser la persévérance scolaire, je trouve ces réalités inquiétantes.

Avec la consultation en cours, le gouvernement souhaite favoriser l’atteinte du plein potentiel de tous les enfants et adapter l’école aux réalités du 21e siècle. Academos s’en réjouit et déposera sous peu un mémoire qui rassemblera ses recommandations et de celle de sa communauté d’utilisateurs, qui s’élève maintenant à 44 000 jeunes.

L’école du 21e siècle : créative, ouverte, personnalisée, numérique et orientante

Quoi de mieux pour démarrer la réflexion que d’organiser une table ronde avec quelques étudiants universitaires qui ont juste assez de recul pour parler de leurs études secondaires ? C’est ce que nous avons fait le 21 octobre, au Café Parvis à Montréal avec Alexandra Michaud, étudiante en communications, Benoît-Gabriel Corriveau, étudiant au MBA, Chloé Hamelin-Lalonde, étudiante à la maîtrise en orientation et Julien Benoit, étudiant en développement de carrière.

Crédit photo : Alexandra Lamoureux

 

Je vous le dis d’entrée de jeu, leur école de rêve est innovante et personnalisée. Elle encourage la créativité, l’expérimentation et la prise de risque, parce qu’elle permet les essais et les erreurs. C’est une école où l’on apprend à collaborer, où l’on grandit dans la diversité. Une école où l’on fait autant des mathématiques, que du sport ou de l’entrepreneuriat. Une école où la formation professionnelle est autant valorisée que les études universitaires, dans le respect du potentiel et des passions de chacun. La place du numérique est importante, pas pour avoir des outils de plus, mais pour réellement les intégrer dans notre vie d’apprenant, de citoyen et de futurs travailleurs.

Crédit photo : Alexandra Lamoureux

 

Ils souhaitent ainsi apprendre à maîtriser une foule d’outils, à chercher et choisir de l’information, à prévenir la cyberintimidation, à prendre conscience du respect de la confidentialité et du pouvoir des mots dans le numérique Chloé nous a même proposé une nouvelle mission pour l’école. Plutôt que l’actuelle Instruire, Socialiser et Qualifier, nous pourrions redéfinir le rôle ainsi : Socialiser, comme dans la mission actuelle, Ensuite, Éduquer : à être un bon citoyen, à vivre avec la différence, à avoir des connaissances, à maîtriser les outils numériques. Enfin : Découvrir : pour permettre aux élèves d’explorer, de développer leur créativité, d’entreprendre, d’apprendre à se connaître et de découvrir le monde dans lequel ils vivent. Cette proposition a suscité l’enthousiasme autour de la table ! Les étudiants ont souligné l’importance des relations à l’école, en particulier celle des enseignants et des professionnels qui travaillent directement avec eux. Ce qu’ils déplorent, c’est le manque de temps chez ces personnes pour accompagner les élèves qui en ont besoin, notamment en orientation professionnelle.

Crédit photo : Alexandra Lamoureux
Crédit photo : Alexandra Lamoureux

 

Ce qui est fascinant c’est que les souhaits exprimés lors de notre table ronde correspondent à ce que les experts envisagent pour l’école de demain. Par exemple, Tom Vander Ark, un ancien directeur exécutif secteur Éducation à la Fondation Bill & Melinda Gates et maintenant PDG de l’organisme Getting Smart, a défini sept incontournables de l’école de demain :

« 1. Les écoles cibleront des objectifs importants, comme préparer les jeunes à être des citoyens du monde, promouvoir l’excellence en communication, garder les portes grandes ouvertes sur la communauté, etc.

  1. Les écoles favoriseront des expériences d’apprentissage significatives, en tenant compte de la façon dont les jeunes apprennent, en les connectant avec leurs milieux pour favoriser l’apprentissage en tout temps, en tous lieux, en intégrant la technologie pour faire vivre aux élèves des expériences plus complètes, par exemple en leur permettant de se mettre dans la peau de producteurs, journalistes, scientifiques, programmeurs, etc.
  2. Les écoles maintiendront des environnements d’apprentissage productifs, notamment en plaçant une portion des cours en ligne et en variant les modèles, comme l’apprentissage mixte (blended learning) ou la dynamique de classe inversée.
  3. Les écoles connaîtront leurs élèves, en maintenant un profil complet de chacun, dans lequel l’enseignant consignera des observations sur la façon d’apprendre de ses élèves, qui permettra de favoriser l’apprentissage centré sur l’apprenant. Ces derniers seront évalués sur leur expérience, et leur dossier contiendra un portfolio de leurs meilleures réalisations.
  4. Les écoles viseront l’acquisition de compétences, avec un système de reconnaissance pour marquer les progrès des élèves.
  5. Les écoles tireront le meilleur parti des talents des enseignants, notamment en distinguant les rôles, allant de l’assistant jusqu’au maître, en ayant parfois recours à des spécialistes à distance ou dans la communauté.
  6. Les écoles construiront des communautés, en impliquant les parents et les autres acteurs du milieu, valorisant l’implication des jeunes et l’apprentissage basé sur la communauté. »

Qu’en pensez-vous ? Quelle est votre école de rêve ?

Vous avez jusqu’au 10 novembre pour participer à la consultation du ministre de l’Éducation comme élève, comme citoyen, comme éducateur ou comme organisme. Vous pouvez soumettre un mémoire ou simplement répondre au sondage en ligne.

Jérémy Leith: